Une alternative anticapitaliste
Quel parti nous
faut-il ?
[article de 2002, archivé ici]
Les élections législatives donnent l'impression
superficielle que tout est rentré dans l'ordre. L'extrême droite retrouve des
scores auxquels on était habitués ; l'extrême gauche ne répète pas son score
historique du premier tour des présidentielles.
Ce n'est qu'une apparence. La polarisation politique
des présidentielles reste intacte. A droite, c'est le Front national qui a
donné le ton de la campagne des législatives. En prétendant que le grand danger
pour la population ce sont les bandes de jeunes de banlieue, la droite recrute
pour le Front national. A gauche, il n'y a pas eu de campagne sérieuse, puisque
le PS et le PC n'avaient rien de fondamentalement nouveau à proposer que leur
politique depuis 5 ans qui a tant déçu l'électorat de gauche. Mais l'effet
"voter utile dès le premier tour" et l'abstentionnisme de masse a
permis de sauver les meubles pour le PS et a réduit le score de l'extrême
gauche. Le PCF continue de s'effondrer.
A l'extrême gauche, dans presque toutes les
circonscriptions, la LCR dépasse en nombre de voix Lutte ouvrière. Lutte
ouvrière paie le prix pour son sectarisme d'entre deux tours, où ils ont plus
fait campagne pour ne pas voter Chirac que contre le Front National.
Le besoin d'une force politique à gauche pour
cristalliser la révolte politique et en partie sociale contre le néolibéralisme
est de plus en plus clair. Les associations comme ATTAC, les listes
alternatives comme Motivé(e)s, les mouvements de solidarité internationale et
ainsi de suite font un travail essentiel, mais ne peuvent pas être le parti
qu'il faut.
Il ne s'agit pas simplement de regrouper les
organisations existantes de l'extrême gauche. Il en résulterait un tout petit
parti ! D'ailleurs, malheureusement, la direction de Lutte Ouvrière a déjà
signalé très clairement qu'elle ne s'intéresse pas à s'ouvrir à une
collaboration avec d'autres forces. Il faut un parti bien plus large, qui
attire des militants actifs dans les associations, et des gens nouveaux à la
politique.
Si différents appels pour une nouvelle gauche radicale
ont été lancés depuis un mois ou deux, il nous semble que la LCR est
l'organisation principale qui a le mieux compris ce besoin. Ils écrivent dans
leur journal "Rouge"
"Il y a maintenant deux gauches. Le Parti
socialiste reste la principale force de gauche, mais déjà nombre de voix
s’élèvent pour le pousser à aller plus loin dans l’adaptation à la
mondialisation libérale. Et, à l’opposé, il y a une autre orientation, 100% à
gauche, une ligne de rupture avec le système qui constitue le socle d’une
nouvelle force. Il faut, maintenant, changer de gauche et avancer dans la voie
d’une nouvelle force, qui tire le bilan de la gauche plurielle, une force
radicale et anticapitaliste. " et encore "Il
manque aujourd’hui une force politique, aussi fidèle aux intérêts des salariés,
des chômeurs et des jeunes que le Medef l’est aux intérêts du patronat."
La LCR a enregistré des milliers de demandes
d'adhésions dans les dernières semaines. A la rentrée, elle propose d'organiser
des forums régionaux pour tous ceux qui s'intéressent à la construction de
cette nouvelle force. Dans plusieurs villes, elle a organisé des meetings
communs avec des sections du PCF et des Verts. Les militants autour de la présente
revue participeront à construire cette dynamique. Nous sommes en discussion
actuellement avec la direction de la LCR pour une intégration dans leurs rangs.
Nous espérons apporter notre contribution, à notre échelle bien modeste à la
construction d'un nouveau parti, à la hauteur de la crise politique qui touche
la France.
Il y aura énormément de militants associatifs ou
jeunes étudiants radicalisés qui rejetteront au moins initialement l'idée d'un
parti. L'idéologie dominante prétend que chacun se débrouille mieux en
s'isolant dans son originalité glorieuse, et que l'organisation politique
collective ne peut qu'écraser la personnalité de chacun. C'est une vision qui
arrange bien le système en place. De plus, l'expérience des partis
monolithiques staliniens, (ou parfois de groupuscules ultra-rigides) que nous
connaissons par les livres ou par des expériences familiales n'inspire pas à
l'engagement militant.
Mais le besoin d'une organisation est incontournable.
Nous allons esquisser ici les caractéristiques que nous croyons importants pour
un tel parti.
Il faut un parti qui se base avant tout sur les luttes
des salariés et des opprimés. C’est quand les gens se mettent à lutter
collectivement qu’ils remettent en cause toute une série d’idées qu’ils acceptent
en temps normal. C’est de ceux qui luttent qu’on a le plus à apprendre. Chaque
réunion, chaque événement doit aussi être une occasion pour organiser la
solidarité avec des grèves ou des campagnes en cours. Les membres de
l’organisation doivent œuvrer en priorité à la reconstruction de syndicats
combatifs dans tous les secteurs de l’économie.
Il faut un parti qui intervienne contre toutes les
oppressions. Aucune oppression ne concerne "trop peu de monde" pour
qu'on s'y intéresse. Il faut demander aux membres qu'ils défendent sans hésiter
tous les opprimés, sur leur lieu de travail ou d 'étude. Les membres doivent
être connus dans leur milieu comme des ennemis intraitables du racisme, du
sexisme, de l’homophonie…
Il faut un parti ouvert, facile à rejoindre, doté
d'une presse populaire, organisant des réunions publiques régulières où les
membres ont envie d'amener leurs collègues et leurs amis. Dans la presse comme
dans les réunions, il faut que les nouveaux arrivés ou sympathisants, salariés
ou jeunes, puissent s'exprimer. Le parti doit savoir apprendre de la classe, de
l'expérience de la lutte quotidienne.
Il faut un parti de débat démocratique. Ceci est
nécessaire non pour des raisons purement éthiques, mais aussi pratiques. C’est
seulement si les membres ont été convaincus dans un débat démocratique des
positions du parti, qu’ils sauront les défendre autour d'eux au travail, dans
la fac etc.
Il faut un parti déterminé et ambitieux qui sache
trancher sur les questions du jour. Il est peu utile d'avoir – à titre
d’exemple - un parti dont la moitié des membres défend le bombardement de
l'Afghanistan, et l'autre moitié est contre - le parti serait paralysé et ne
pourrait pas organiser la résistance contre la guerre.
Il faut un parti où les jeunes jouent un rôle
primordial. En règle générale les jeunes ont plus de temps (pas de
responsabilités familiales). Mais surtout les jeunes n'ont pas vécu la période
des défaites des années précédentes qui a démoralisé tant de gens plus âgés.
Il faut un parti qui analyse et clarifie toutes les
questions de la société capitaliste du point de vue des salariés et des
opprimés. Le parti doit être l'université des salariés et des opprimés.
La radicalisation en France aujourd'hui est telle
qu'il y a des dizaines de milliers de personnes qui pourraient être recrutées à
un nouveau parti anticapitaliste. Ce parti regrouperait des révolutionnaires,
et d'autres qui tout en s'opposant aux attaques des classes dirigeantes dans
tous les domaines ne se réclament pas ou pas encore de la révolution. Olivier
Besancenot écrit qu'il faut "une nouvelle force politique,
radicale, anticapitaliste qui rassemble révolutionnaires, militants du
mouvement social, militants et électeurs communistes, écologistes ou
socialistes, qui ne se reconnaissent plus dans la politique de leurs
dirigeants."
Mais cette hétérogénéité est une faiblesse nécessaire
pendant une période, pas un but en soi. S'il est essentiel d'accueillir dans le
parti des personnes qui ne défendent pas (parfois pas encore) le besoin de la
révolution, les révolutionnaires dans le parti devraient travailler pour
expliquer le besoin d'une révolution, partant des leçons de l'histoire et
l'impossibilité pour le capitalisme de résoudre, même sous pression, les
problèmes des opprimés et des salariés.
La constitution de cette organisation est urgente. Les
attentes politiques des gens nouvellement radicalisés n'attendront pas des mois
ou des années.
John Mullen
[Quelques coquilles corrigées après publication
initiale.]
http://randombolshevik.org/articles-by-date/articles-by-date