samedi 8 mai 2021

Critique de livre Histoire de l'extrême gauche trotskiste de 1929 à nos jours - Frédéric Charpier

 

Critique de livre

Histoire de l'extrême gauche trotskiste de 1929 à nos jours - Frédéric Charpier

Editions 1, 2002 - 400 pages, 22€

Un journaliste collaborateur de Karl Zéro, Frédéric Charpier, a voulu esquisser dans ce livre une histoire de l'extrême gauche trotskiste en France, l'histoire de ceux qui ont refusé et refusent à la fois le capitalisme et l'ancien système soviétique dictatorial.

Car, si aujourd'hui contester la dictature du profit redevient peu à peu courant, les trotskistes sont ceux qui, en plein boom économique dans les années 1950 et 1960, combattent les crimes du système (guerres de Vietnam ou d'Algérie…) mais refusent non seulement de croire au mythe des "trente glorieuses ", mais aussi d’attendre la crise qui vient.

Le trotskisme est revenu dans les librairies par le biais du passé anecdotique revisité de Lionel Jospin. Bien sûr, l'idée selon laquelle il aurait pu être un révolutionnaire secret au sein de la direction du PS est un travesti absolu des idées de Trotsky. Pour Trotsky, la voie vers le changement révolutionnaire passait par l'éducation et l'auto-organisation de millions de travailleurs, et non pas par des magouilles secrètes de "sous-marins" dans les comités du Parti socialiste.
Le livre de Charpier réunit les avantages et les inconvénients d'un livre de journaliste. Bien écrit et facile d'accès pour ceux qui ignorent tout de ses figures comme Raptis, Moreno ou Molinier. Mais le respect que l'auteur porte pour les militants s’accompagne de raccourcis journalistiques énervants. Tout comité comportant trois membres doit être une "troïka", n'importe quel courant au sein d 'une organisation trotskiste peut être qualifié de "clique" et ainsi de suite. Néanmoins, ce livre nous décrit une histoire fascinante et pleine d'enseignements.
Pendant toute l'histoire du trotskisme en France, les trotskistes ont été ultra-minoritaires, ne dépassant jamais les quelques milliers, voire se comptant souvent par centaines. L'immense influence du PCF dans le mouvement syndical et dans la gauche les a de fait empêché d'aller plus loin. La direction du parti communiste a ainsi utilisé de nombreux moyens pour isoler les militants, au moyen de la diffamation, en passant par la violence physique, voire l'assassinat.
Mais ces quelques milliers de personnes ont eu une influence clé dans d'innombrables mouvements radicaux.

Avant la deuxième guerre, ils combattent pour la vérité sur les procès de Moscou, le mécanisme par lequel Staline a pu liquider physiquement toute une génération entière de révolutionnaires russes exemplaires (et souvent leurs enfants et leurs petits-enfants). Ils prônent l'unité de la gauche contre le fascisme, au moment où la position officielle du PCF (dite de la "troisième période") ne distingue pas les partis sociaux-démocrates des partis fascistes. En Allemagne, cette attitude des partis communistes a permis la prise de pouvoir de Hitler.

Au cours d’une telle période si intense, les débats à l'intérieur du trotskisme n’en sont pas moins féconds. Pour sortir de leur isolement, ils décident d'adhérer à la SFIO (ancêtre du PS), sans rien abandonner de leur critique révolutionnaire envers la direction de ce parti. Peu d'années après ils en ressortent, mais ces tournants tactiques laissent de côté beaucoup de camarades, synonymes aussi d’un afflux d’abandons.

Pendant l'occupation nazie, les militants trotskistes sont prêts à risquer leur vie pour publier un journal en allemand "Arbeiter und Soldat" qui défend l'unité des travailleurs contre le fascisme, affirmant que les bombardements de masse, ayant détruit Dresde ou Hambourg et tué des centaines de milliers de civils, ne sont pas la réponse au fascisme.

Mais, attachés aux principes révolutionnaires et refusant l'idéologie patriotique de la reconstruction, les trotskistes sortent des années 1940 tout aussi isolés qu'au début. Le PCF continue de les traiter "d'agents de la Gestapo" et d'attaquer certaines de leurs réunions, barres de fer en main.

Après-guerre, durant le boom économique et la guerre froide, alors toute la gauche quasiment soutient la dictature soviétique, les trotskistes entreprennent un travail qui allie une réflexion théorique - sur la nature du stalinisme, sur les nouvelles évolutions de l'impérialisme - et une implication dans les grèves (à Boulogne-Billancourt en 1944 par exemple) ainsi que dans les mouvements d'opposition à la guerre d'Algérie.

La guerre de Corée apporte ses millions de morts, et les trotskistes restent en première ligne pour s'y opposer. Mais le boom, et le manque de perspectives révolutionnaires immédiates mènent à une crise chez eux. Certains en viennent à croire que la dictature soviétique peut être une force progressiste sur la scène mondiale ou que, devant l’imminence de la révolution, il faut entrer quasi-clandestinement dans les grands partis de gauche et gagner des positions d'influence. Tout cela reste vraiment éloigné de l'idée originelle du marxisme, selon laquelle "l'émancipation des travailleurs ne peut être que l'œuvre des travailleurs eux-mêmes." En effet, isolés et désorientés, la tentation de chercher des raccourcis s'avère très forte.

Dans les années 1960 et 1970, le raccourci adopté est celui de la guérilla. En l'absence de soulèvements ouvriers, les Che Guevara et autres suivent une stratégie où un petit nombre de révolutionnaires déterminés est censé remplacer la classe ouvrière comme moteur de la révolution socialiste. La LCR suit longtemps cette tactique. Après le coup d'Etat au Chili en 1973, sa direction discute même du projet d'un kidnapping de l'ambassadeur du Chili à Paris.

Dans les années 1960, la Ligue Communiste initie à la base des comités d'appelés défendant les intérêts des soldats de base, et instaure aussi un réseau d'éducation politique. Ils éditent de nombreux journaux clandestins dans l'armée.
Une remontée relative de l'extrême droite dans les années 1970 amène les trotskistes, à partir d'une analyse catastrophiste de la crise, à concentrer leurs moyens sur l'organisation de petits groupes capables d'attaquer physiquement les fascistes. L'organisation politique plus large pâtit de cette orientation substitutionniste. En 1973, le gouvernement en profite pour interdire la Ligue Communiste.

Plus tard, la victoire de Mitterrand en 1981 va encourager une partie des militants trotskistes à quitter l'organisation révolutionnaire pour rejoindre les rangs du Parti socialiste, semés illusions sur la capacité de la gauche à changer la société. Lors des deux décennies, des pertes régulières de militants se succèdent au sein de la LCR, se tournant soit vers le PS soit vers l'inactivité.

C'est avec les luttes antifascistes des années 1990, et celles contre la mondialisation libérale aujourd'hui, qu’une nouvelle période voit les forces trotskistes commencer à reprendre du poil de la bête, pour devenir en 2002 une force électorale importante, faute d'être une force militante de taille.

Je n'ai fait ici qu'esquisser quelques points clés. Le livre de Charpier analyse précisément les trois grands courants trotskistes (LCR, LO, PT).

Malgré toutes les erreurs et les bizarreries qui sont le destin de tout mouvement révolutionnaire isolé des masses, les mouvements trotskistes en France ont eu le mérite de garder vivante pendant plus de 70 ans l'idée qu'une société contrôlée par les travailleurs est possible, et que nous n'avons pas à choisir entre la barbarie du capitalisme occidental et celle des bureaucraties des pays de l’Est.

Leur faiblesse face à la bureaucratie soviétique, dans leur analyse de la nature du régime, a conduit à de nombreuses erreurs politiques et théoriques. Affirmer que l’URSS reste un " Etat ouvrier dégénéré "au lendemain de la seconde guerre mondiale reste encore moins pertinent que dans les années 30. Staline et les bureaucrates ont édifié non pas le socialisme mais le capitalisme d’Etat russe, en concurrence avec le capitalisme occidental.

Aujourd'hui, quand la montée de la contestation ne semble pas pour l'instant accompagnée par une vision claire d'une société alternative, nous avons besoin de prendre le meilleur de la tradition trotskiste pour aller de l'avant.

John Mullen

A lire pour une analyse plus profonde

Les trotskysmes par Daniel Bensaïd, Collection Que-sais-je ? N°3629

[Article de 2002, archivé ici; Quelques coquilles corrigées après publication initiale]

mardi 4 mai 2021

Pourquoi parler de révolution ? - Une réponse à Susan George

 [article de 2002, archivé ici]

Pourquoi parler de révolution ?  - Une réponse à Susan George

Comment ne pas être impressionné par une militante comme Susan George qui a su pendant plus de vingt-cinq ans se battre pour que le Tiers monde soit libéré du fardeau de la dette, et pour d'innombrables autres causes importantes, souvent en l'absence d'un large écho parmi les citoyens.

Néanmoins, le besoin de construire un mouvement qui peut aller au-delà de la protestation pour gagner un nouveau monde nous oblige à regarder de près les stratégies (explicites et implicites) qu'elle présente, et les mesurer contre le besoin urgent de victoire définitive sur le profit. C'est pour cela que je veux exprimer certains désaccords avec Susan George sur la stratégie pour gagner.

Le Grand Soir ?

Le centre du travail de S. George a été d'insister sur le fait que la misère dans le monde n'est pas du tout une aberration du capitalisme, mais provient du fonctionnement normal du capitalisme. Face aux bataillons d'intellectuels qui défendent le capitalisme, c'est une bouffée d'air frais.

Mais sur la question de comment détruire le capitalisme, et avec quoi on peut le remplacer, elle reste extrêmement vague. Ceci est compréhensible. L'expérience de la gauche depuis un siècle - entre le PS qui s'est adapté chaque fois plus aux désirs du grand capital, et le PCF qui a défendu un système dans le bloc de l'Est qui ne laissait aucun pouvoir à la masse des gens - n'amène pas les militants à accorder leur confiance au projet révolutionnaire.

La position que S. George défend - qu'il faut se concentrer sur les luttes immédiates ou à moyen terme, et ne pas perdre son temps dans des conjectures sur "le Grand Soir" - est une attitude très répandue dans les mouvements de contestation aujourd'hui. Mais se demander quelles sont les limites des réformes et à quel point et comment on peut aller plus loin est essentiel. Si on veut que les gens s'engagent sur le long terme sous le slogan "un autre monde est possible", on se doit, tout en rassemblant des militants avec des idées très variées, d'expliquer quel monde est possible et comment y arriver.

La question de réforme ou révolution n'est pas une question, comme le suggère S. George, du besoin ou non d'avoir une vision "du Grand Soir" dans la tête, ni d'une opposition entre des gens disciplinés et obsédés et d'autres plus humains qui aiment "avoir du temps pour autre chose" dans la vie. Il s'agit d'une question hautement pratique. S'il faut, comme le dit S. George "renverser l'ordre du monde", est-ce qu'on pourra, oui ou non, laisser en place les institutions militaires, politiques, financières et policières actuelles ?

La position révolutionnaire est de répondre à cette question par la négative. Toute l'histoire de la contestation du capitalisme - de la révolution russe au soulèvement récent en Argentine, en passant par la guerre civile dans les années 1930 en Espagne ou les événements au Chili dans les années 1970, montrent que les institutions de l'Etat, et du capital international ne peuvent pas être repris et utilisés pour d'autres objectifs que le profit.

Ceci ne veut évidemment pas dire que les révolutionnaires ne se battent pas pour gagner des réformes. Au contraire, ils doivent tendre leurs efforts pour gagner des victoires partielles, être parmi les plus déterminés dans le combat, sans jamais cesser de mener une action et une propagande révolutionnaires. Il faut développer une stratégie - et une organisation - qui pose la question du renversement des classes dirigeantes.

Cette analyse ne sort pas des rêves de jeunes révolutionnaires idéalistes, mais d'une analyse de la nature des institutions du capitalisme. Il va falloir les renverser et les remplacer.

Quelles forces ?

Un autre élément de l'analyse marxiste propose une réponse à la question "Quelles sont les forces clés pour gagner, d'abord des réformes sérieuses et ensuite un renversement de l'ordre du monde ?" La réponse donnée par Susan George - et très courante au sein d'ATTAC comporte l'idée d'une large alliance comprenant les consommateurs, les militants associatifs, les écologistes, les intellectuels et les travailleurs organisés, entre autres.

Tout le monde a sa place - c'est sans doute vrai. Mais la structure du système que nous combattons ne donne pas le même pouvoir à chaque acteur. Les actions des consommateurs (boycotts…) des associations (pétitions, manifestations, lobbying) peuvent toutes être importantes à des moments dans les différents combats. Mais la dictature du profit peut-être infiniment mieux contrée par ceux qui produisent ce profit - les travailleurs.

Si pour l'instant en France les travailleurs du secteur public ne doivent travailler que 37,5 années avant la retraite, contre 40 dans le secteur privé, c'est parce que les grèves de 1995 ont fait tellement peur à la classe dirigeante qu'elle n'a pas osé se réattaquer à la question des retraites, même si cela ne saurait tarder.

L'expérience que raconte Susan George, dans l'entretien au sujet de l'OMC, montre assez clairement que, si les manifestations et les pressions politiques ont ouvert un magnifique espace de débats et permis la construction d'un mouvement comme ATTAC, les limites de la protestation et du lobbying sont bien réelles. La reconstruction du mouvement syndical et la mobilisation des travailleurs peuvent être longs à démarrer, mais c'est seulement par-là - au cœur du système de production de profit - que les grandes victoires peuvent être remportées.

Susan George admet facilement qu'il y a " très peu d'éléments progressistes " au sein des institutions internationales du capitalisme. Mais dans d'autres écrits elle suggère qu'il faut s'adresser en priorité aux " décideurs " du monde capitaliste. Dans son livre sur la dette (1988) elle propose une combinaison d'une politique éclairée de la part des Etats du Nord pour permettre le remboursement de la dette, liée à des investissements stratégiques et des accords commerciaux qui permettraient aux pays du Sud de se remettre sur le chemin du développement. Souvent on a l'impression qu'elle croit au pouvoir du bon sens, même au sein des institutions du grand capital.

C'est contradictoire, car parfois elle insiste sur le fait que seule la lutte paie ; mais ailleurs les victoires qu'elle préconise sont des victoires qui permettent aux " éléments progressistes ", au sein des institutions existantes, de prendre le dessus et de limiter, dans le cadre du capitalisme, les pires ravages du profit.

C'est pour cela que, parallèlement aux luttes pour arracher des concessions au système capitaliste, il faut préparer son renversement. Il est évident que la révolution n'est pas à l'ordre du jour à très court terme - pour l'instant le travail est d'éducation révolutionnaire. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d'être naïfs. Le " gouvernement permanent " et ses relais seront prêts à tout pour conserver leur dictature.

John Mullen

samedi 24 avril 2021

Editorial, Revue Socialisme International, N° 10, été 2004

 [Article de 2004 archivé ici]

Editorial Socialisme International N° 10 été 2004

La rue doit décider !
 

Nous sortons cette revue quelques jours avant les élections européennes du 13 juin. Après les élections régionales d’avril, il semblerait que toutes les forces politiques se trouvent dans une position hésitante ou contradictoire. Le gouvernement Raffarin a pris peur après son score désastreux, ce qui l’a mené rapidement à faire marche arrière sur les dossiers des chercheurs et des intermittents, prenant le risque d’encourager d’autres luttes. Il a également annoncé une augmentation du SMIC pour juillet, espérant ainsi en partie désamorcer le mécontentement des salariés.

Sur le dossier de la Sécurité sociale il a attaqué quand même - priorités du MEDEF oblige. Il espère que les salariés n’ont pas gagné trop en confiance depuis leur défaite sur le dossier des retraites, et que le fait que l’attaque soit un peu moins forte que prévue endorme les gens.

L’attaque contre la Sécu affecte l’ensemble des travailleurs sur un sujet dont ils comprennent l’importance. Les manifestations du 5 juin ont rassemblé plus de 250 000 personnes, mais un mouvement plus large sera nécessaire pour faire reculer le gouvernement. C’est un mouvement auto-organisé par la base des syndiqués, et par des collectifs de défense de la Sécu dont on aura besoin pour pousser les directions syndicales frileuses à lutter vraiment, à préparer les conditions pour une grève générale.

La gauche parlementaire a repris du poil de la bête avec les résultats des régionales et les sondages la mettent en très bonne position. Mais cette gauche reste pour l’essentiel axée sur une future reconstitution de la gauche plurielle autour du PS. Et le soutien au PS est souvent « faute de mieux » - les mêmes sondages montrent que même parmi ceux qui se décrivent comme « sympathisant du PS », 49% pensent que le PS « n’a pas de réelles propositions alternatives ».

Si le soutien au PS est hésitant, une force anticapitaliste populaire et dynamique fait sérieusement défaut. L’immobilisme par rapport à la création d’un force anticapitaliste qui dépasserait les rangs de l’extrême gauche et sa difficulté à se construire dans les entreprises et dans les syndicats sont des éléments qui ont certainement fragilisé sa côte de popularité. L’audience médiatique de la LCR ne se prolonge pas vraiment en termes de construction organisationnelle chez les jeunes et les travailleurs. Plus grave, nombre de militants ayant adhéré récemment quittent les rangs de l’organisation, faute d’une vision claire des perspectives.

La popularité un peu aléatoire de l’extrême gauche peut aussi refléter des aspects de démoralisation chez les travailleurs qui ne sont pas forcément convaincus que des élus révolutionnaires aient le pouvoir ou la volonté de changer leur quotidien.

La contestation altermondialiste ou syndicale est également hésitante. Les manifestations pour la sécu et contre la guerre montrent un vrai dynamisme, sans pour autant réussir à passer le cap vers un mouvement réellement massif. Après la défaite sur les retraites, les salariés hésitent, sans une direction plus déterminée, à entrer en lutte.

Les listes « 100% altermondialistes » retirées au dernier moment, les listes « EuroPalestine » et d’autres démontrent que beaucoup de militants cherchent - en ordre dispersé - des moyens d’influencer directement le paysage et les institutions politiques. L’extrême gauche n’a pas su pour l’instant convaincre assez largement de son utilité pour les mouvements à une échelle de masse.

Pourtant, la dernière manifestation du 5 juin contre le terroriste Bush révèle que les luttes politiques de masse sont encore capables de rassembler des milliers de jeunes. Elles nous donnent la clé pour comprendre l’urgence et l’importance d’intervenir prioritairement dans ce milieu.
La question de l’impérialisme a toujours été décisive pour les révolutionnaires. Répondre à cette question, c’est poser le problème de la révolution comme alternative à la barbarie capitaliste.

De tous les révolutionnaires, Lénine a été le plus loin dans l’analyse de l’impérialisme ; en 1917, alors que la Russie était plongée dans l’horreur de la guerre, la question de la prise du pouvoir se posait directement aux travailleurs.
Notre dossier sur Lénine et la révolution russe s’occupe d’étudier toutes les questions qui se posaient aux révolutionnaires russes durant cette période. Ce dossier n’a pas pour objet de calquer une situation politique à une autre, mais il fourmille d’enseignements qui devraient aider les militants d’aujourd’hui à mieux comprendre les enjeux actuels.

Les luttes économiques, politiques et idéologiques doivent toutes être menées de front, et ces luttes dans les mois et les années à venir auront tendance à s’accélérer et à poser de plus en plus clairement la question du pouvoir dans la société.
Bonne lecture !

[Quelques coquilles corrigées plus tard.]

vendredi 23 avril 2021

Pourquoi défendre Lénine?

 [Article de 2004, archivé ici]

Introduction au dossier :
Pourquoi défendre Lénine ?

Dans un contexte politique marqué par des questions qui semblent nouvelles - le terrorisme mondialisé, l’environnement, le tout-sécuritaire…- quelle justification pouvons-nous trouver pour présenter un long dossier sur Lénine, mort et embaumé depuis si longtemps, devenu une icône touristique pour des Occidentaux à la recherche d’un changement de décor ou de design ? Quant au léninisme, idéologie largement reconnue comme étant dépassée et rigide, sujet de nostalgie seulement pour quelques vieillards en Russie ou en Europe de l’Est, quelle importance peut-il avoir dans ce nouveau millénaire ?

Et pourtant, les questions que posait Lénine restent les questions de notre époque. Quelle est la nature de l’impérialisme et d’où vient-il ? Dans quel genre de parti les révolutionnaires devraient-ils s’organiser ? Quel Etat peut être construit pour faciliter le passage à une société socialiste ? Nous pensons que ses réponses à ces questions sont encore essentielles aux anticapitalistes d’aujourd’hui, 80 ans après sa mort.

Diffamations
La diffamation et les mensonges au sujet de Lénine sont à la hauteur de l’enjeu de la révolution russe et la menace qu’elle représente pour les puissants de ce monde. L’histoire de Lénine se confond avec celle de la révolution russe, et reste une référence clé - positive ou négative - pour toutes les forces politiques de gauche. L’expérience du parti de Lénine ne peut pas être évitée. Le passage de l’Etat dirigé par ce parti à l’Etat du Goulag stalinien est utilisé par l’essentiel de la gauche gouvernementale - et leurs amis intellectuels - pour renforcer leur thèse sur la nature indépassable du marché capitaliste comme principe organisateur de la société. Cette idée continue à démoraliser le mouvement ouvrier. « Personne ne croit plus au grand soir révolutionnaire » comme l’explique Patrick Braouezec.

Lénine a écrit que « La foi dans la révolution, c’est le début de la révolution »,  le fait qu’aujourd’hui seule une infime minorité des travailleurs pensent qu’il est possible de balayer les capitalistes et prendre le pouvoir est un obstacle très important à la construction d’un mouvement anticapitaliste de masse. Si les révolutionnaires ne savent pas expliquer, clairement et en détail, la révolution russe et la contribution du parti de Lénine, comment peuvent-ils espérer en convaincre d’autres de s’engager à vie dans le combat pour la prise de pouvoir des travailleurs ?

Dans les journaux, on parle peu de Lénine. Le Nouvel Observateur, qui consacre un numéro spécial de 100 pages à Karl Marx - le penseur du troisième millénaire - réserve… un quart de page à Lénine pour l’accuser d’« hygiène sociale… l’indispensable première étape du socialisme pour détruire les « poux » : bourgeois, paysans, opposants… Pour Lénine, la fin - un bonheur infini pour l’humanité - justifiait la terreur de masse. Il ouvrait ainsi la voie à son successeur ». Le journaliste ne ressent pas le besoin d’alourdir son quart de page avec la moindre citation de Lénine, ou la moindre référence pour étayer ses accusations. C’est dire à quel point le rejet radical de Lénine fait partie du consensus, à droite comme à gauche.

Dans la gauche radicale, l’expérience du léninisme sert souvent de « preuve » qu’un parti discipliné et centralisé est dangereux. C’est dans la volonté disciplinée de Lénine qu’on voit le « ver dans le fruit » qui mènerait inévitablement aux massacres de masse, aux procès-spectacles et au Goulag.
La droite va plus loin, voyant dans l’enthousiasme révolutionnaire une sorte de folie de masse qui est au centre des massacres staliniens ou hitlériens. Il ne nous resterait plus qu’à accepter le cadre raisonnable de la dictature du profit et au mieux, chercher à l’améliorer très légèrement sans aucun espoir de réelle avancée.

Qui défend Lénine ?
Si la diffamation de Lénine peut être considérée comme étant de bonne guerre pour ceux qui ne veulent pas un renversement de l’ordre établi, il est plus surprenant de voir que les révolutionnaires passent si peu de temps à défendre le bilan et les idées de Lénine. Sans forcément rejeter ouvertement ses idées, on accepte qu’il s’agisse d’idées « dépassées » ou comportant des défauts graves.

Cette frilosité est en partie due au fait que la « défense de Lénine » avait été occupée pendant de longues décennies par une glorification quasi-religieuse de la part du parti communiste stalinien. Une telle adoration est à l’opposée même des idées de Lénine. Analysant la pensée de Karl Marx, Lénine écrivait :

« Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de ‘ consoler ’ les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire. »

Mais sans doute, la confusion sur la nature précise de la rupture entre Lénine et Staline y est-elle aussi pour quelque chose. Si l’Etat voulu par Lénine est devenu l’Etat de Staline sans changer de nature, alors le ver était peut-être déjà dans le fruit…

Ainsi les dirigeants de la LCR, tout en reconnaissant l’apport de Lénine au mouvement pour le socialisme, ne se pressent pas pour le défendre. Olivier Besancenot, lors d’une interview, explique :

« Nous avons une vision critique de Lénine. Pour nous, l'erreur des bolcheviks, c'est d'avoir sous-estimé la question démocratique. C'est pourquoi, dans mon bouquin, je parle d'auto-organisation, d'autogestion, de grève générale et de démocratie. Tout cela est le fruit de discussions que nous avons au sein de la Ligue. Le livre va provoquer de nouveaux débats internes, et c'est tant mieux. Il n'y a pas de rôle guide du parti, ni de rôle substitutif par rapport aux mouvements sociaux. Nous sommes évidemment pour le pluralisme. Ce n'est pas le parti, mais la majorité de la population, qui doit prendre le pouvoir, se l'approprier dans le respect des différences. »

Le problème ici n’est pas de critiquer Lénine- c’est le droit de chacun- mais de suggérer que Lénine, c’est le substitutisme et le manque de démocratie. Souvent la question de Lénine est évitée. « Je ne veux pas m'agripper à chaque expérience pour défendre pied à pied tel ou tel bilan » explique à nouveau Olivier dans Le Monde. Mais ne pas défendre Lénine c’est, nous semble-t-il, laisser toute la place aux critiques et aux diffamateurs. Et s’en tenir à des critiques vagues comme « ils ont sous-estimé la démocratie» laisse la porte grande ouverte à toutes les diffamations. Les critiques doivent être précises.

L’extrême gauche assure que le passage de la politique de Lénine à celle de Staline n’avait rien d’inévitable. Mais dans une ambiance hostile à la révolution, née de l’offensive anticommuniste très forte qui a suivi l’effondrement des dictatures à l’Est, une telle défense hésitante ne pourra pas convaincre les gens de rejoindre la lutte pour le renversement définitif du capitalisme. L’histoire du mouvement ouvrier montre l’importance d’un projet de société précis pour inspirer des militants.

Notre dossier voudrait, dans la mesure de nos moyens, revisiter Lénine et ses œuvres avec l’objectif de défendre sa ligne politique générale. Il ne s’agit pas, bien évidemment, de prétendre que Lénine n’a pas commis d’erreurs - tout militant politique en fait d’innombrables. Il ne s’agit pas non plus de présenter Lénine comme un héros, ou du moins, pas plus que les millions de militants héroïques - et dans leur grande majorité inconnus - qui ont consacré leur vie à la révolution russe et à la libération humaine. Il s’agit seulement de défendre quelques grandes idées qui nous semblent indispensables aujourd’hui, alors que l’anticapitalisme connaît un regain d’influence.

L’apport principal de Lénine réside dans la construction théorique et pratique du parti révolutionnaire. C’est une de ses idées les plus controversées et objet du plus grand nombre d’incompréhensions et de diffamations. Notre dossier contient deux articles sur cette question. Murray Smith écrit sur Le parti de Lénine, et Paul d’Amato, un dirigeant de l’International Socialist Organization aux Etats-Unis, écrit sur la naissance du parti bolchevique, en 1903.

L’arrivée au pouvoir d’un parti basé sur la classe ouvrière dans une société à grande majorité paysanne a donné lieu à des débats importants sur la nature de la démocratie. On a accusé Lénine et son parti de détruire la démocratie. Stéphane Lanchon examine le type de démocratie que défendait les bolcheviques et essaie d’expliquer pourquoi il n’ y avait pas une alternative de type parlementaire en 1917.
Les œuvres de Lénine furent presque toujours écrites avec un objectif politique à court terme. Claude Meunier pose la question de savoir ce qu’on peut lire de Lénine aujourd’hui. Par la suite, l’auteur de ces lignes explore un grand nombre d’ouvrages sur Lénine et la révolution russe dans mon article Lire la Révolution russe.

L’idée qu’il y avait une continuité forte entre la politique de Lénine et celle de Staline est la clé des arguments contre la révolution. Dans ce sens, l’analyse politique de la société stalinienne et de la contre-révolution stalinienne est fondamentale. Notre revue vient de la tradition théorique qui caractérise la bureaucratie stalinienne comme une nouvelle classe dirigeante, et la société soviétique après le grand tournant de 1929 comme un nouveau type de capitalisme, le capitalisme d’Etat. Nous publions dans notre dossier un chapitre du livre de Tony Cliff qui défend cette analyse, posant en particulier la question : « Quelles sont les caractéristiques communes, et quelles sont les différences, entre un Etat ouvrier, et un Etat capitaliste d’Etat ». Cet article est plus théorique que les autres, mais il mérite le temps consacré à sa lecture.

Il y a des aspects de la vie politique de Lénine qui ne figurent pas dans notre dossier. Il faudrait revenir sur la question du soulèvement de Cronstadt, et en général aux origines de la répression en Russie pendant la guerre civile, pour ne prendre qu’un exemple. Également, son souci permanent de ne pas tomber dans le « gauchisme » - prendre ses désirs pour des réalités sans comprendre l’état d’esprit des travailleurs à une période donnée - est particulièrement pertinent aujourd’hui. Nous espérons revenir sur ces aspects bientôt.

Nous espérons que le dossier sera utile pour contribuer à sauver les idées de Lénine à la fois de ses diffamateurs pro capitalistes et de ses « adorateurs » staliniens, s’il en reste.

John Mullen   (LCR Montreuil)

Cet article fut publié en juin 2004, dans le numéro 10 de la revue Socialisme International (deuxième série). Quelques coquilles ont été corrigées par la suite.


 


vendredi 28 août 2020

Les erreurs de Besancenot sur le Cuba (article de mai 2008 archive ici)

 Archives Rouge Article


Dans Rouge cette semaine, un interview d'Olivier Besancenot qui s'est récemment rendu à Cuba.

Besancenot n'est pas un supporter inconditionnel de Castro, il en est très loin.

N'empêche qu'en fin de compte, le gouvernement de Cuba représente pour lui "la révolution", et en lisant entre les lignes, ce gouvernement sera un des nôtres quand nous réfléchissons ensemble sur le socialisme du XXIème siècle.

Ce n'est pas une position tenable. La terrible pression de l'embargo américain contre Cuba, et l'évidente défense du droit des cubains à l'auto-détérmination réelle ne doit pas nous aveugler au manque total de contrôle quelconque des travailleurs cubains sur les décisions du régime.

Castro soutenait pendant des décennies les régimes russes plus terribles les uns que les autres pour les travailleurs russes. Il participa aux aventures neocoloniales russes. Lorsque le régime russe voulait développer des armes nucléaires plus sophistiqués pour "défendre le socialisme", il applaudissait. Il faut revoir de fond en comble une analyse de l'Etat cubain qui garde les illusions d'antan.

Cet article de notre revue présent un autre point de vue.

mercredi 26 août 2020

Besancenot, anticapitalisme et révolution. Article archivé de septembre 2008

 Si vous suivez le lien vous verrez un article au sujet d'un article que Besancenot a donné tout récemment au journal américain le New York Times. Il leur aurait dit, entre autres choses qu'il faut réinventer la révolution car aucune expérience révolutionnaire n'a jamais réussi. Dans un autre interview il a décclaré que le nouveau parti anticapitaliste sera "révolutionnaire dans le sens contemporain du terme".


C'est assez impressionnant, surtout pour un vieux militant, de voir le mot "révolution" apparaître dans la presse si souvent! Mais au lieu d'utiliser la tribune des médias pour clarifier ce qu'est la révolution, Besancenot préfère éviter des questions clé.

Si c'était vrai qu'aucune expérience révolutionnaire n'avait jamais réussi, cela nous donnerait peu envie de réessayer au cas où on aura plus de chance la prochaine fois!

C'est faux. Il y a eu des révolutions bourgeoises réussie (comme la française) qui détruisirent le féodalisme sanguinaire et ouvrirent la possibilité de grandes conquêtes sociales.

Une fois, il y a eu une révolution ouvrière qui a réussi, qui a arrêté la première guerre mondiale pour la Russie, publié les traités secrets signés par les voyous qui dirigeaient tous les pays de l'Europe, qui a montré un exemple pendant quelques années des changements qu'on pouvait faire dans la société même dans un pays pauvre. Dans l'éducation, dans les droits des femmes, les droits des religions minoritaires, les droits des homosexuels et bien d'autres domaines, la révolution russe a réussi des exploits incroyables.

Par la suite, asphyxiée par les invasions et embargos étrangers, épuisée par la guerre, isolée par l'échec de la Révolution en Allemagne, la révolution a péri. Un système de classe a été remis en place, et on a gardé seulement le vocabulaire de la révolution des travailleurs.

Mais la différence est énorme entre une révolution qui échoue, et une révolution qui réussit et qui est ensuite écrasée par les forces du capitalisme international. Aujourd'hui nous avons encore besoin de clarifier cette question. Comment convaincre les militants à faire des sacrifices pour la révolution si on ne peut pas expliquer comment la dernière a été écrasée ?

L'autre commentaire de Besancenot, que le parti sera "révolutionnaire dans le sens contemporain du mot" est tout simplement une façon d'esquiver la question. On dirait un politicien comme tous les autres sur cette question! Comme s'il y avait un consensus aujourd'hui même à gauche sur le sens du mot "révolution"! Pour au moins 80% de la population une révolution est une transformation sanglante d'une société poru donner lieu à une dictature bureaucratique. Pour une petite minorité, une révolution est la prise de contrôle démocratique de l'économie par la majorité de la population, les travailleurs.

Au lieu d'éviter la question, il faut la clarifier. Le nouveau parti devrait accueillir des révolutionnaires (qui sont convaincus que l'Etat, la police, l'Armée ne peuvent pas être durablement réformés, qui souhaitent la défaite des armées occidentales en Afghanistan, qui défendent l'auto-organisation des opprimés) et d'autres militants syndicaus et politiques, anticapitalistes mais pas ou pas encore révolutionnaires. Beaucoup des militants du NPA ne sont pas convaincus qu'une révolution des travailleurs est possible. Les révolutionnaires doivent mener les combats de notre classe avec ces autres militants et essayer de convaincre du bien fondé des idées révolutionnaires. Eviter les questions clés est une grave erreur.

Parlons de "l'éco-socialisme" article archivé d'octobre 2008

 Sur le blog de Raoul Marc Jennar, altermondialiste connu et assez brillant qui a intégré le processus du Nouveau Parti Anticapitaliste (bravo), ce texte sur l'éco-socialisme.



J'ai rajouté mon petit grain de sel en commentaire :

Centralité égale de la question sociale et la question écologiste ? De peur qu'un nouveau socialisme, comme les pays qui se disaient socialistes au XXème siècle, continue à ne pas se soucier de l'air, du climat, de l'eau, de la biodiversité etc.

Pourtant, cela me semble une formulation basée sur une volonté. Mais ce n'est pas la volonté de dix mille militants à bien traiter notre planète qui définira les effets de la nouvelle société. La question est de savoir si les structures de pouvoir qu'on propose permettront ces avancées.

Moi je crois que si nous pouvons renverser le pouvoir du capital et établir un cotnrôle démocratique par ceux qui n'ont que leur travail pour vivre, ces millions de gens ne vont pas vouloir bousiller la planète.

Si les sociétés staliniennes ont bien voulu, je ne crois vraiment pas que ce soit parce qu'elles se basaient trop sur la satisfaction des besoins, mais parce qu'elles ont remis en place, sous la pression de la concurrence économique et surtout militaire, des sociétés de classe. Des sociétés où une petite minorité décidait des investissements, des priorités, et dans lesquelles la place de la majorité était de travailler davantage pour moins cher dès que leurs résistances ne leur permettait pas d'arracher un peu de confort.

Bref, c'est la nature capitaliste des sociétés staliniennes (une minorité contrôle l'accumulation des richesses, dans une nouvelle configuration politique sui conservaient le vocabulaire du socialisme) qui les empêchait de bien traiter la planète.

C'est important, parce que cela veut dire que c'est le renversement complet du pouvoir qui permettra une politique rationnelle sur l'écologie, et pas notre détermination psychologique ou morale.

Raoul-Marc Jennar a répondu :

Staline est commode : refuge de toutes les barbaries, de toutes les dérives !!!
Le capitalisme, que l’Etat soit le détenteur du capital ou que ce soit le privé, reste le capitalisme. Et par nature, le capitalisme est productiviste. C’est donc le capitalisme qu’il faut supprimer.
Mais le socialisme, c’est-à-dire l’appropriation des bénéfices du travail directement par ceux qui travaillent ne garantit pas spontanément le souci collectif pour le cadre de vie et la planète. Il ne garantit pas, par génération spontanée, une interrogation sur la production et ses finalités. Les structures de pouvoir ne conditionnent pas mécaniquement l’usage qu’on en fait.
Il faut une conscience collective qui doit survivre à la crainte de périls immédiats et qui dépend donc d’un processus éducatif.
Ecarter d’un revers de main la détermination psychologique et morale, c’est ramener les humains au rôle de robots d’un mécanisme de pouvoir donné, quel qu’il soit. C’est nier notre libre arbitre présent.


Et j'ai répondu à sa réponse :

Tu exaggères je trouve. Mais la question est importante. La nouvelle société sera créée, nous l’espérons tous les deux, par des millions d’acteurs. La raison fondamentale que l’environnement ne sera pas ignoré est que ce n’est pas dans l’intérêt de la majorité de bousiller l’environnement.

En ce qui concerne le socialisme du XXème siècle, le problème n’est pas de savoir si c’est “commode” ou pas de considérer que la dégénerescence d’une esquisse de socialisme prenne ses racines dans la décision d’une couche sociale dirigée par Staline d’abandonner l’idée du socialisme international pour le remplacer par une révolution industrielle accélérée afin de faire concurrence avec l’occident en technologie, en armements, en fin de compte en capitalisation. Le problème est de savoir si c’est vrai ou non. (d’ailleurs le “commode” sent légèrement le procès d’intention).

J’ai un problème avec le mot “productiviste” non pas par principe, mais parce que je voudrais que le terme soit défini plus clairement.

Article archivé d'octobre 2008

 On m'a interviewé pour le site web "Observers France 24", que vous trouverez en cliquant ci-dessus. J'avais droit à quinze lignes. Voici ce que j'ai dit :



"Depuis plus de vingt ans, on nous répète que le profit privé est une garantie de stabilité et de prospérité. Les grandes banques et les compagnies d'assurance ont fait campagne pour contrôler nos fonds de retraites, les gouvernements de droite ou de gauche ont privatisé les industries auparavant nationalisées et les services publics.

Et là, tout d'un coup, on voit qu'on nous a menti. Leur système est complètement pourri : la dictature du profit n'amène pas la stabilité, mais la panique de la récession. Pourtant, au lieu de réduire le pouvoir des grands capitalistes, on propose de nationaliser les dettes tout en laissant les profits aux riches ! Et cette fois, on trouve des milliards d'euros ! Alors que les caisses étaient vides pour les retraites, pour l'éducation, pour la santé, elles débordent aujourd'hui pour sauver la peau des criminels qui dominent notre société.

Les gens ordinaires sont furieux et ne croient plus ces clowns prétentieux déguisés en 'experts économiques'. Le travail du NPA et de la gauche radicale est de redonner de l'espoir, d'encourager les résistances - contre la privatisation de la Poste, contre les suppressions de postes dans l'enseignement,"

mercredi 8 juillet 2020

Débat : le NPA et les alliances possibles (article archivé de janvier 2009)

Dans le nouveau parti anticapitaliste, le débat pour savoir quelles alliances avec d'autres forces sont possibles est essentiel. Une grande variété de positions peut être entendue. Pour beaucoup de militants, s'allier avec des non-révolutionnaires lors d'une lutte, et encore plus lors d'une élection, ne peut se justifier que sous des conditions très strictes. Ces camarades perçoivent un danger que l'image du NPA soit ternie, ou que des camarades du NPA soient déviés, par les positions politiques ambigües ou pires des dirigeants d'autres organisations.

Lors du débat à l'assemblée élective 47 pour la préparation du congrès fondateur du NPA, un débat a eu lieu sur la possibilité ou non d'alliances plus larges pour les élections européennes, (avec le Parti de Gauche, ou avec d'autres organisations). Il était difficile de faire passer l'idée que c'est une question tactique, non pas une question morale. En tant que militants anticapitalistes notre seul intérêt est d'avancer les intérêts des travailleurs et des opprimés. Ainsi des réflexions du genre "je n'ai à convaincre personne" et "je n'irai jamais négocier avec XXX après ses positions sur telle ou telle question" n'ont pas prise sur la vraie question : comment gagner des victoires partielles aux côtés des travailleurs, et comment attirer le maximum des travailleurs vers nos idées.

L'alliance avec d'autres organisations telles que le Parti de Gauche, sur des thèmes particuliers (par exemple une campagne lors des Européennes sur une base "Non au néolibéralisme et au traité européen") ne viserait absolument pas à renforcer ces autres organisations. Au contraire, elle viserait à attirer le maximum de personnes dans une lutte unie et puissante, pour pouvoir avancer les intérêts de la classe, mais aussi pour démontrer en pratique, devant des dizaines de milliers de militants, la supériorité des tactiques et des analyses des révolutionnaires.

Le NPA représente une nouveauté très enthousiasmant, mais il sera, au début, un petit parti, et si on ne veut pas que d'autres forces attirent l'essentiel des nouveaux combattants mis en mouvement par les luttes récentes, il faut une tactique qui permet des alliances dans l'action, en toute clarté et honnêteté, pendant que le débat continue.

Des camarades qui soulignent que Mélenchon ne va jamais devenir révolutionnaire, et qu'il va s'opposer à nous à l'avenir ont absolument raison, mais c'est la mauvaise question. Mélenchon n'intéresse pas le NPA. Les milliers de gens qui sont tentés par le parti de Mélenchon devraient, par contre, nous intéresser beaucoup. Bien sûr, on peut se satisfaire de planter notre drapeau et espérer qu'ils viennent nous chercher en entendant nos brillantes dénonciations de Mélenchon et d'autres. Mais la politique est plus dynamique que cela. Les idées des gens changent plus rapidement pendant des combats, et alors attirer des gens dans un combat commun, pour pouvoir aussi polémiquer sur les limites des idées de Mélenchon ou d'autres, est une tactique très intéressante.

D'autres camarades ont tout à fait le droit d'être de désaccord, bien sûr. On peut penser que les gens tentés par Mélenchon ou par d'autres structures endehors du NPA ne sont pas intéressants, ne pourraient jamais changer d'avis. Masi il faut poser le débat en termes de tactique politique, et non en termes de purisme identitaire ni d'amertume quasi-personnelle contre tel ou tel dirigeant non-révolutionnaire.

Motion contre l'islamophobie au congrès du NPA article archivé, de janvier 2009

Le congrès départemental du nouveau parti anticapitaliste pour le 47 a eu lieu hier, et a été marqué par un débat riche sur toute une série de questions.

Pour ma part j'ai proposé deux amendements aux textes du congrès. Le premier, concernant l'islamophobie, est ici :

Nous luttons pour une société où la laïcité signifie séparation de l’Etat et des religions, traitement égal de toutes les confessions, protection par l’Etat des libertés individuelles et collectives de croyance et de confrontations d’idées. Nous
combattons l’islamophobie autant que l’antisémitisme et toutes les discriminations, qu’elles soient religieuses, racistes, ou sexuelles, en refusant l’ethnicisation sur des bases culturelles ou/et religieuses des questions sociales et politiques ; et nous oeuvrons au rapprochement de tous les opprimés et exploités, croyants ou non croyants, dans la lutte commune pour des droits égaux.(MONTMARTRE)

C'était à rajouter aux textes "principes fondateurs" après la section sur l'oppression des femmes. Je l'ai proposé parce qu'il me semblait que dans un pays où être contre "les musulmans" n'est pas rare, même à gauche, et dans un contexte où, par exemple, la gauche radicale hésite à manifester quand une mosquée est brûlée par des extrémistes, il était indispensable que l'opposition à l'islamophobie soit écrite dans les textes.

Pour mon article sur le sujet (un peu polémique, on m'a dit) voir ici .

Mais avant de présenter l'amendement, j'ai pas mal hésité. Si c'était pour me retrouver complètement isolé, avec toute l'assemblée contre moi, je n'avais pas trop envie. Alors j'ai envoyé l'amendement avant à une dizaine de personnes dont je ne connaissais pas la position. Les réactions étaient relativement encourageantes, alors j'ai présenté l'amendement.

Dans le débat, une ou deux personnes ont déclaré ouvertement "je suis islamophobe" (en rajoutant qu'il étaient également "chrétienophobes" etc.) D'autres disaient que l'islamophobie en tant que telle n'existe pas, il existe seulement le racisme anti-arabe. D'autres encore disaient qu'il valait mieux ne pas évoquer ces sujets dans les textes.

Les lecteurs de mon blog savent que je suis partisan d'un combat implacable contre l'islamophobie.

Bref, résultat final: 10 voix pour l'amendement, 15 voix contre l'amendement et 14 abstentions. C'est beaucoup mieux que je ne pensais obtenir. Mais l'essentiel est d'encourager le débat, car même si jamais l'amendement est inscrit dans les textes, cela ne changera rien à la pratique du parti s'il n'y a pas des centaines de militants au moins qui ont envie d'engager ce combat aux côtés de certaines organisations musulmanes.

Je rebloggerai (!) plus tard dans la semaine sur d'autres aspects importants du débat préparatoire pour le congrès fondateur du nouveau parti anticapitaliste.

Par ailleurs, 21 personnes ont voulu que je sois un des six délégués au congrès, et cela a suffi (tout juste) pour que je sois élu délégué au congrès, avec cinq autres (sur 13 candidats).

The academic strike in France. Article archive 03/2009

University World News - FRANCE: Academic strike action may end

Cliquez sur le lien ci-dessus pour voir un article en anglais sur la grève dans les universités en France. On a publié ma contribution en bas de la page, et la voici :

John Mullen, a lecturer at University Paris 12, comments:

Although last Thursday's day of demonstrations was significantly smaller than previous days of action, this was partly because most Paris universities are on holiday.

As well, some unions did not really mobilise, preferring to save their strength for a big day of action next Thursday. In only one or two of the 70-odd universities affected by the strike are there significant moves to start teaching again.

The majority of strikers remain determined to get more concessions from the government, to such an extent that the biggest trade union, the SNESUP, refused even to attend a meeting called by the Minister last Friday.

The number of "alternative workshops" replacing university classes with discussions and films about social protest and democratic rights is still on the rise. For the moment, the movement is not slowing down, though it is impossible to say what will happen in a one or two weeks.

Every 10 days or so, a national strike committee holds a day-long meeting with several delegates from each striking university. The next will be held on Friday at my university and it is extremely unlikely that the strike will end before that.

The govenrment's latest proposals are viewed with considerable scepticism. Many lecturers believe the government's promise to "completely rewrite" the proposed decree on lecturer-researchers' working conditions remains vague. They would prefer the decree was simply withdrawn and the time taken to consult all concerned on any reforms.

As for the proposed reform of teacher training, again, setting up a review commission, including representatives of universities, is not a major move since the minimum demand is a moratorium of a year or two to allow consultation.

The demands of the lecturers might seem rather technical but the fundamental objection is to the idea of putting universities into competition one against another, controlling lecturer-researchers by setting up management structures and foremen in the universities, and depending more and more on private funding for research.

The government has preferred to give major tax breaks to companies that invest in research and development rather than find more funding for public sector research. We feel that if funding becomes even more private sector based, big companies will not pay researchers to write books on history, archeology, mathematics, literature and so on.

As for the autonomy of universities, we prefer the present collegial organisation. The government has promised to effectively double the salaries of university presidents when their universities become autonomous.

We believe the presidents will become businessmen and that academic independence will be under threat. In other countries such as Britain, the end result of such neo-liberal-inspired reforms has been the charging of high tuition fees for students: In France the fees are still "only" a couple of hundred euros a year whereas in Britain they are EUR3,000 and this has led to a reduction in the number of young people from poorer families going to university.

We are defending a whole idea of what a university can be as a public service. It has to be said that a national strike of this type has never been called before by university lecturers in France.

mardi 7 juillet 2020

Grève de la faim contre la casse de l'université - articles archives 2009

Bordeaux - Toute l'actualité de la région avec Libération: Les étudiants de Bordeaux III expérimentent la grève de la faim comme nouveau mode d’action

Je suis engagé dans le mouvement contre la casse de l'université depuis plusieurs mois. Je comprends les fortes émotions qu'il inspire, et je sais qu'une telle action demande beaucoup de courage.

Mais la grève de faim est une erreur tactique, car elle ne permet pas de mobiliser largement. Nous devons rester dans le collectif. Si le gouvernement méprise enseignants et étudiants (et autres personnels), pour nous, chaque étudiant et chaque collègue est précieux, et il ne faut pas choisir des tactiques qui mettent en danger les nôtres.